Dans l’appartement de Pierre Scias : une vie de jazz, de livres et d’affiches
August 26, 2026Il y a des collections que l’on vient voir pour les disques, et puis il y a celles où l’on se rend assez vite compte que l’on est tombé sur quelque chose de beaucoup plus large.
C’est exactement ce qui m’est arrivé avec cette collection, récupérée dans un appartement parisien, avenue Daumesnil.
Au départ, il était question de vinyles. Beaucoup de jazz. Mais une fois sur place, j’ai découvert que les disques avaient appartenu à Pierre Scias, ancien libraire parisien qui avait tenu la mythique Librairie Actualités, rue Dauphine.
Et tout à coup, les disques que j’avais devant moi prenaient une autre dimension.
Une collection de plusieurs centaines de vinyles jazz
Les étagères étaient encore remplies de vinyles et j’ai commencé, comme toujours, à regarder les disques les uns après les autres.
Très vite, les noms se sont enchaînés : Ornette Coleman, Dexter Gordon, Miles Davis, Bill Evans, Mal Waldron, Joe Henderson, Jackie McLean, Steve Lacy, Kenny Dorham, Charles Tyler…
Du jazz assez classique par endroits, mais aussi beaucoup de choses plus aventureuses, du free jazz, des musiciens européens, des pressages français et étrangers et des disques que l’on ne voit pas tous les jours.
C’était une collection qui avait clairement été constituée par quelqu’un qui connaissait le jazz et qui avait surtout beaucoup cherché.
Mais ce qui m’a vraiment marqué ce jour-là, c’est que les vinyles n’étaient finalement qu’une partie de l’histoire.
À côté des disques, toute une bibliothèque consacrée au jazz
Dans l’appartement se trouvaient également beaucoup de livres et de revues sur le jazz.
Des ouvrages sur Miles Davis, John Coltrane, John Lee Hooker, Lester Young, Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Duke Ellington… mais aussi toute une série des Cahiers du Jazz, des livres sur le blues, le free jazz et l’histoire de cette musique.
J’aime beaucoup trouver ce genre de choses avec une collection.
Quand les livres sont encore là, ils permettent presque de comprendre comment la personne écoutait ses disques. On ne voit plus seulement une succession de pochettes : on commence à reconstituer ses centres d’intérêt, les musiciens qu’elle suivait et les différentes périodes qui l’ont passionnée.
Chez Pierre Scias, le lien entre les livres et la musique était forcément encore plus présent.
Et puis j'ai ouvert les cartons d'affiches…
C'est probablement à ce moment-là que cette chine est devenue vraiment particulière.
Avec les livres et les disques se trouvaient des documents et des affiches de concerts conservés pendant des décennies.
Je suis notamment tombé sur une affiche annonçant le double concert d'Ornette Coleman à la Mutualité le 20 septembre 1969.
Il y avait également une affiche de Jazz Bilzen d’août 1968, d’autres autour du free jazz, une affiche du Jazzland rue Saint-Séverin annonçant Mike Mantler, Carla Bley et Peter Brötzmann, ou encore une affiche du Matchi Oul Big Band de Manuel Villaroel à l’American Center, boulevard Raspail.
Certaines étaient pliées, d’autres avaient vécu. Mais justement, c’est aussi ce que j’aime avec ce genre de documents.
Ce ne sont pas des reproductions décoratives achetées cinquante ans plus tard. Ce sont des choses qui ont traversé l’époque.
Des photos au milieu des archives
Il y avait aussi des photographies de musiciens.
En ouvrant les pochettes et les dossiers, je découvrais progressivement des photos noir et blanc, ici Miles Davis et un pianiste encore à identifier.
À ce stade-là, je n’étais clairement plus en train de simplement trier une collection de vinyles.
J’avais devant moi des morceaux d’une époque.
Et c’est exactement le genre de chine que je préfère : partir pour regarder des disques et finir par passer des heures à ouvrir des cartons parce que chaque nouvelle pile réserve quelque chose.
Ci-dessous, Kenny Dorham
Pierre Scias, la Librairie Actualités et le Paris underground
En faisant quelques recherches après avoir récupéré cette collection, j’ai aussi mieux compris la place qu’occupait Pierre Scias dans le Paris de cette époque.
Il tenait la Librairie Actualités, rue Dauphine, qui était bien plus qu’une simple librairie. À la fin des années 60 et au début des années 70, on y trouvait une grande partie de la presse underground et alternative, des publications étrangères, de la bande dessinée, mais aussi tout un univers où se croisaient musique, politique et contre-culture.
La première mouture du magazine Actuel y était notamment diffusée et la librairie semble avoir été un véritable point de rencontre pour cette génération.
C’est aussi l’époque où Paris devient un lieu essentiel pour le free jazz américain, notamment autour du label BYG et de sa série Actuel. Don Cherry, Archie Shepp, Art Ensemble of Chicago, Sunny Murray, Alan Silva et beaucoup d’autres musiciens passent alors par Paris et enregistrent certains des disques les plus marquants de cette période.
Quand je repense à ce que j’ai trouvé dans l’appartement de Pierre Scias — les centaines de disques de jazz, les livres, les affiches de concerts, les photographies et les archives — tout cela paraît finalement beaucoup moins anodin. Cette collection raconte aussi quelque chose de ce Paris-là.
Cette effervescence de la presse alternative des années 70 fait d'ailleurs actuellement l'objet d'une exposition à la BnF, Underground ! La presse alternative des années 1970 en France. On y retrouve notamment Actuel et les liens très forts qui existaient alors entre presse underground, free jazz et labels indépendants.
Ne pas regarder uniquement la valeur des disques
Quand je rachète une collection de vinyles, il faut évidemment regarder les pressages, l'état des disques et leur valeur. Cela fait partie du travail.
Mais certaines collections demandent aussi de ne pas aller trop vite.
Si j'avais simplement sorti les meilleurs disques de jazz et laissé tout le reste sur place, j'aurais complètement raté ce qui rendait celle-ci particulière.
Les livres donnaient du contexte aux disques. Les affiches donnaient du contexte aux livres. Les photos et les documents reliaient encore tout cela à une époque et à une personne.
C'est pour ça que j'aime autant récupérer des collections qui sont restées longtemps chez leur propriétaire.
On ne trouve pas seulement des objets.
On trouve parfois une histoire.
Une chine parisienne que je ne suis pas près d'oublier
Je suis finalement reparti de l'avenue Daumesnil avec les vinyles, mais également avec une partie de ces livres, affiches et documents accumulés au fil des années.
Après, il a fallu tout reprendre tranquillement : sortir les disques, identifier les éditions, parcourir les livres, déplier les affiches et essayer de comprendre ce que j'avais ramené.
C'est beaucoup de travail, mais ce sont précisément ces moments-là qui me donnent envie de continuer à chiner des collections.
Parce qu'on ne sait jamais vraiment ce qui se cache derrière une rangée de disques.
Et cette fois-ci, derrière les vinyles de jazz, il y avait aussi un petit morceau de l'histoire culturelle parisienne.
Vous avez une collection de vinyles à vendre ?
Je me déplace régulièrement à Paris et ailleurs en France pour découvrir et racheter des collections de vinyles. Jazz, soul, funk, rock, musiques du monde… chaque collection est différente et je prends toujours le temps de regarder les disques et leur histoire.
Si vous avez une collection de vinyles à vendre, vous pouvez me contacter directement ou consulter la page consacrée au rachat de disques vinyles.